Goutte : symptômes, crises, causes et traitement

La goutte est une forme d'arthrite dans laquelle des cristaux d'urate s'accumulent dans une articulation et autour d'elle, provoquant une douleur soudaine, un gonflement, une rougeur et une chaleur, le plus souvent au gros orteil. Une crise s'estompe en une à deux semaines, mais les cristaux restent et les crises reviennent tant que le taux d'acide urique n'est pas abaissé. Une articulation chaude et gonflée avec de la fièvre est différente : il peut s'agir d'une infection, qui nécessite un avis le jour même.

Couverture : Goutte sur fond de couleur

En bref

  • La goutte survient lorsque des cristaux d'urate se déposent dans une articulation et déclenchent une inflammation. Elle commence souvent au gros orteil, mais d'autres articulations peuvent être touchées.
  • Une crise dure en général une à deux semaines, puis s'apaise. La maladie ne disparaît pas toute seule, et les crises non traitées tendent à devenir plus fréquentes et plus longues.
  • Une articulation rouge, chaude et gonflée avec de la fièvre ou des frissons peut être une infection et non une goutte. Consultez le jour même.
  • Le traitement de fond le plus important est un médicament qui abaisse l'acide urique, pris régulièrement, même lorsque vous vous sentez bien.
  • Réduire l'alcool, les boissons sucrées et les grosses portions de viande aide, mais l'alimentation seule suffit rarement quand les crises sont fréquentes.

Ce qu'est la goutte et pourquoi elle survient

La goutte est une arthrite inflammatoire. L'organisme produit de l'acide urique en dégradant les purines, issues de nos propres tissus et de l'alimentation. Si l'on en fabrique trop ou si les reins en éliminent trop peu, le taux sanguin monte et l'urate peut former, dans et autour des articulations, des cristaux en forme d'aiguilles. Le système immunitaire réagit à ces cristaux, d'où la crise.

Un taux élevé d'acide urique ne suffit pas à lui seul pour avoir la goutte. Beaucoup de personnes ont un taux élevé sans jamais avoir de symptômes, même si le risque augmente avec la durée de l'excès. La goutte est aussi environ trois fois plus fréquente chez les hommes, et les femmes ne la développent souvent qu'après la ménopause.

Facteurs qui augmentent le risque :

  • un parent ou un grand-parent goutteux, l'âge avancé et le sexe masculin ;
  • un surpoids et l'obésité ;
  • l'alcool, surtout la bière et les alcools forts, les boissons sucrées et de grandes quantités de viande rouge, d'abats et de certains crustacés ;
  • l'hypertension, le diabète, l'insuffisance cardiaque, l'insuffisance rénale chronique et l'insulinorésistance ;
  • certains médicaments, comme les diurétiques, l'aspirine à faible dose, la niacine à forte dose et la ciclosporine.

Les déclencheurs d'une crise donnée comprennent certains aliments, l'alcool, certains médicaments, un traumatisme articulaire, la déshydratation, une maladie fébrile et une intervention chirurgicale. Si vous prenez un médicament figurant sur cette liste, ne l'arrêtez pas seul : parlez-en au médecin qui l'a prescrit.

À quoi ressemble une crise de goutte

Signes typiques :

  • douleur intense et soudaine dans une articulation, souvent au point de réveiller la nuit ;
  • gonflement, chaleur et rougeur au-dessus de l'articulation, parfois plus difficiles à voir sur une peau foncée ;
  • le gros orteil est le site le plus fréquent, mais les chevilles, les pieds, les genoux, les mains, les poignets et les coudes peuvent être touchés ;
  • même le contact d'un drap sur l'articulation peut devenir insupportable ;
  • une crise non traitée dure en général une à deux semaines, puis s'apaise, sans symptômes entre les crises.

Ce qui est peu typique d'une crise ordinaire : une forte fièvre, des frissons ou un malaise général. Ces signes orientent vers une infection. Après des années de goutte non traitée, des nodules durs appelés tophus peuvent apparaître sous la peau. Ce sont d'abord des dépôts d'urate indolores, mais ils peuvent devenir douloureux et abîmer l'articulation et les tissus voisins.

Que faire tout de suite

  1. Repérez les signes d'alertePrenez votre température. Une fièvre, des frissons violents, des nausées ou l'impossibilité de manger avec une articulation chaude imposent d'appeler votre médecin traitant ou de consulter un service d'urgence aujourd'hui.
  2. Reposez et protégez l'articulationDéchargez-la, surélevez le membre et évitez que les draps touchent l'articulation la nuit. Enveloppez une poche de glace ou des légumes surgelés dans une serviette et appliquez-la sur l'articulation jusqu'à 20 minutes à chaque fois.
  3. Lancez tôt votre plan anti-criseSi votre médecin vous a déjà remis un plan pour les crises, commencez-le dès les premiers signes. Le traitement agit mieux s'il est pris tôt. Sans plan, appelez votre médecin traitant plutôt que de vous débrouiller avec des restes d'ordonnances.
  4. Évitez l'alcool et buvez de l'eauL'alcool, surtout la bière et les alcools forts, peut aggraver une crise. Buvez suffisamment d'eau, sauf si l'on vous a demandé de limiter les liquides en raison d'une maladie cardiaque ou rénale.
  5. Prenez rendez-vous avec vos notesNotez quelle articulation vous fait mal, depuis quand, ce que vous avez mangé et bu auparavant, et tous les médicaments que vous prenez, aspirine comprise. S'il s'agit de votre première crise, consultez même lorsque la douleur a diminué.

Comment la distinguer de maladies voisines

  • Arthrite infectieuse (arthrite septique) : elle aussi une articulation chaude, gonflée et douloureuse, mais souvent avec de la fièvre ou des frissons et un malaise. Elle nécessite un traitement le jour même.
  • Pseudogoutte (dépôt de pyrophosphate de calcium) : elle peut ressembler beaucoup à la goutte, mais fait intervenir un autre type de cristaux. L'examen du liquide articulaire au microscope permet de les distinguer.
  • Acide urique élevé sans douleur articulaire : il s'agit d'un résultat de prise de sang et non d'une arthrite. Il augmente le risque de goutte sans signifier que vous en avez une.
  • Traumatisme articulaire : un choc peut déclencher une crise chez une personne déjà goutteuse, d'où l'intérêt d'un examen pour en identifier la cause.

Quand consulter et comment la goutte est confirmée

Consultez votre médecin traitant pour une première articulation soudainement douloureuse, intense et gonflée, même si l'on ne vous a jamais parlé de goutte. Prenez aussi rendez-vous si les crises deviennent plus fréquentes ou plus graves, si votre traitement habituel ne fonctionne pas, ou si vous remarquez des nodules sous la peau.

Le diagnostic repose sur :

  • l'interrogatoire et l'examen des articulations touchées, avec les médicaments pris antérieurement, la consommation d'alcool et les antécédents familiaux ;
  • une prise de sang pour doser l'acide urique, parfois complétée par des examens rénaux ;
  • le prélèvement de liquide dans l'articulation douloureuse, à l'aide d'une fine aiguille, examiné au microscope polarisant à la recherche de cristaux d'urate : c'est la confirmation la plus directe ;
  • une échographie, un scanner spécifique ou des radiographies pour montrer les dépôts de cristaux, les lésions articulaires ou une autre cause.

Le médecin interprète les résultats avec vos symptômes, vos antécédents et l'examen clinique. Ne tirez donc pas de conclusion d'un seul résultat par vous-même.

Signes d'alerte : quand appeler le 15 ou le 112

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 si une articulation chaude et gonflée s'accompagne d'une forte fièvre et de frissons violents, ainsi que de confusion, de malaise, de difficultés à respirer ou de douleurs thoraciques. Ces signes peuvent indiquer une infection qui s'étend ou une autre urgence.

Rendez-vous aux urgences le jour même, ou appelez votre médecin pour une consultation rapide, si la douleur s'aggrave, si vous avez de la fièvre ou des frissons, ou si vous vous sentez mal et ne pouvez pas manger. Cela peut signaler une infection de l'articulation.

La goutte peut aussi provoquer des calculs rénaux. Une douleur brutale et intense dans le flanc ou le dos mérite une prise en charge médicale rapide, et non un traitement à domicile.

Le traitement, en grandes lignes

Le traitement a deux objectifs : soulager une crise, et prévenir les crises futures et les tophus en maintenant l'acide urique bas.

  • Pendant la crise : antidouleurs anti-inflammatoires, colchicine ou corticoïdes, par voie orale ou injectés dans l'articulation. La colchicine agit mieux si elle est commencée dès l'apparition des symptômes.
  • Entre les crises : médicaments qui abaissent l'urate. Les inhibiteurs de la xanthine oxydase réduisent la production d'urate par l'organisme, les uricosuriques aident les reins à en éliminer davantage, et un médicament de type uricase est réservé aux personnes qui ne répondent pas aux autres.
  • La prise régulière du médicament qui abaisse l'acide urique est essentielle, même sans symptômes. Votre médecin décide quoi prendre, à quelle dose et pendant combien de temps.
  • Hygiène de vie : voir ci-dessous.

Les mesures d'hygiène de vie qui aident, selon les recommandations de santé publique : retrouver un poids sain par une alimentation moins calorique et davantage d'activité, limiter l'alcool (y compris la bière sans alcool), éviter les boissons sucrées et modérer la viande rouge, les abats, les sardines, les anchois et les crustacés riches en purines. Le régime DASH, fondé sur les fruits et légumes, les céréales complètes, les produits laitiers allégés, la volaille et les huiles saines, convient bien, surtout en cas d'hypertension associée. Il est conseillé de pratiquer au moins 150 minutes d'activité modérée par semaine.

Les régimes trop restrictifs sont déconseillés : mieux vaut perdre du poids progressivement. La seule hygiène de vie suffit rarement en cas de crises fréquentes ou de tophus. Consultez votre médecin avant de modifier votre alimentation ou tout médicament.

Populations particulières

  • Femmes : la goutte est peu fréquente avant la ménopause, mais elle devient plus courante ensuite ; une douleur nouvelle au gros orteil ou à la cheville chez une femme plus âgée mérite donc un bilan complet.
  • Personnes âgées et personnes atteintes de maladies cardiaques, rénales ou d'hypertension : les diurétiques et d'autres médicaments peuvent faire monter l'acide urique, et la goutte survient souvent avec l'hypertension, une maladie rénale, un diabète ou une obésité. Demandez à votre médecin si vos médicaments jouent un rôle.
  • Adultes jeunes : une survenue précoce est moins fréquente, mais souvent plus sévère, ce qui justifie une recherche attentive des causes.
  • Enfants et grossesse : les sources sur lesquelles ce texte s'appuie ne couvrent pas ces situations ; toute articulation chaude et gonflée chez un enfant ou une femme enceinte doit être examinée sans attendre.

Idées reçues et réalités

  • Idée reçue : la goutte est causée seulement par une alimentation riche. Réalité : l'alimentation et l'alcool comptent, mais les antécédents familiaux, la fonction rénale, le poids et d'autres maladies jouent aussi un rôle majeur.
  • Idée reçue : seuls les hommes âgés ont la goutte. Réalité : les hommes sont touchés plus souvent, les femmes la développent après la ménopause et quelques personnes la contractent bien plus jeunes.
  • Idée reçue : une fois la douleur passée, on peut arrêter le traitement. Réalité : la crise prend fin alors que les cristaux demeurent. Le médicament qui abaisse l'acide urique n'agit que s'il est pris régulièrement.
  • Idée reçue : un taux d'acide urique élevé signifie qu'on a la goutte. Réalité : il augmente le risque sans prouver le diagnostic, et votre médecin décide de la suite.

Questions fréquentes

La goutte touche-t-elle seulement le gros orteil ?

Non. Le gros orteil est le premier siège classique, mais la goutte peut aussi toucher les autres parties du pied, les chevilles, les genoux, les mains, les poignets et les coudes, et les crises répétées peuvent atteindre de nouvelles articulations.

En combien de temps le médicament de la goutte agit-il ?

Le traitement d'une crise doit commencer à agir en deux jours environ, selon le NHS. Le médicament qui abaisse l'acide urique est différent : il se prend régulièrement, même sans symptômes, car son rôle est de prévenir les crises et non d'en traiter une.

Quel professionnel suit la goutte ?

Le médecin traitant peut diagnostiquer et suivre de nombreux cas. Un rhumatologue, spécialiste des articulations, intervient si le diagnostic reste incertain, et les diététiciens, les infirmiers éducateurs et les pharmaciens aident souvent à organiser le quotidien.

Le sucre joue-t-il vraiment un rôle dans la goutte ?

Oui. Les sodas et autres boissons sucrées au sucre ou au sirop de maïs riche en fructose font partie de ce qu'il faut limiter, avec l'alcool et la viande. Les remplacer par de l'eau est l'un des changements les plus simples.

Que se passe-t-il si la goutte n'est pas traitée ?

Les crises peuvent devenir plus fréquentes et plus longues. Avec le temps, les dépôts d'urate peuvent abîmer les articulations et les tissus, et les calculs rénaux sont une autre complication possible. Un diagnostic précoce et un traitement suivi rendent ces issues bien moins probables.

Sources

  1. NIAMS (NIH) — Gout
  2. NIAMS (NIH) — Gout: Diagnosis, Treatment, and Steps to Take
  3. CDC — Gout
  4. MedlinePlus (NIH) — Gout
  5. Cleveland Clinic — Gout
  6. NHS — Gout

Sources vérifiées le 30 octobre 2026.